Corridor Cotonou-Niamey : ce que le nouveau poste de contrôle juxtaposé change pour les transporteurs

Le poste de contrôle juxtaposé de Malanville est entré en service au début du mois. Sur lepapier, le principe est simple : les administrations béninoise et nigérienne partagent désormais les mêmes bâtiments, et un camion qui franchit la frontière ne s'arrête plus qu'une fois. Dans les faits, les transporteurs interrogés cette semaine décrivent une situation encore contrastée. Le corridor Cotonou-Niamey porte l'essentiel des échanges terrestres entre le Bénin et son voisin du nord. Sur les 1 060 kilomètres qui séparent le port de la capitale nigérienne, le passage de la frontière représentait jusqu'ici le poste de temps le plus imprévisible — entre quatre et vingt-six heures selon les relevés de la chambre de commerce, sans que les transporteurs puissent anticiper lequel des deux cas les attendait.
Ce que change le guichet unique
« Le nouveau corridor, un accélérateur de développement. »
Le contrôle juxtaposé ne supprime pas les formalités. Il supprime le fait de les accomplir deux fois, à deux endroits, devant deux administrations qui ne se parlaient pas. Le dispositif repose sur une inspection conjointe : les agents des deux pays examinent ensemble le même chargement, sur la base d'une déclaration unique. Un camion venant de Cotonou présente ses documents à Malanville et reçoit, au terme d'un contrôle unique, l'autorisation de poursuivre jusqu'à Niamey sans nouvelle vérification à Gaya. Les premiers relevés font état d'un temps de passage moyen de sept heures, contre onze auparavant. La baisse est réelle, mais elle reste loin des trois heures annoncées lors de l'inauguration. Les transporteurs y voient le signe d'un rodage encore inachevé plutôt que d'une promesse intenable.
Les réserves des transporteurs
Trois points reviennent dans les entretiens. Le premier tient aux horaires : le poste ferme à vingt-deux heures, alors que la majorité des convois arrivent en fin de journée après avoir quitté Cotonou le matin. Un camion qui se présente à vingt-deux heures trente attend l'ouverture du lendemain — et le gain de la journée est perdu. Le deuxième concerne les marchandises sous régime particulier. Les produits pétroliers, les denrées périssables et les véhicules d'occasion suivent des circuits distincts, qui n'ont pas été intégrés au guichet unique. Pour ces chargements, qui représentent près du tiers du trafic, rien n'a changé. Le troisième est plus difficile à mesurer. Plusieurs transporteurs évoquent des prélèvements informels sur le trajet, en amont et en aval du poste. Le contrôle juxtaposé a rationalisé la frontière ; il n'a pas d'effet sur ce qui se passe avant et après.

Ce qui est attendu dans les prochains mois
L'extension des horaires figure au programme de travail conjoint, sans calendrier arrêté. L'intégration des régimes particuliers est annoncée pour le second semestre. Quant à la dématérialisation complète de la déclaration, elle suppose que les deux systèmes d'information communiquent, ce qui n'est pas encore le cas. La chambre de commerce du Bénin a demandé la publication mensuelle des temps de passage, comme cela se pratique sur le corridor Abidjan-Lagos. La mesure serait le premier moyen, pour les transporteurs, de vérifier ce qu'on leur annonce.


